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Journée mondiale du théâtre: des suggestions de sorties et de lectures de l’enseignante Geneviève De Pasquale

Dans le cadre de la Journée mondiale du théâtre, nous avons rencontré Geneviève De Pasquale, enseignante de théâtre au Collège St-Jean-Vianney, afin de mieux comprendre l’importance du théâtre dans la société d’aujourd’hui, mais également en milieu scolaire. Mme De Pasquale en profite au passage pour nous offrir quelques suggestions de sorties et de lectures.

Q1 – Geneviève, quelle importance le théâtre revêt-il dans nos vies? Quel est son apport dans la société d’aujourd’hui?

Aujourd’hui, il est facile de se divertir en restant à la maison. Avec les nouvelles technologies, tout est à notre portée juste au bout des doigts. Mais pour voir du théâtre, il faut se déplacer. Le théâtre est donc exigeant, risqué, et pour certains, un peu terrifiant.  Mais il est aussi indispensable, car nous avons tous encore besoin de nous faire raconter des histoires.  Cela fait du théâtre un moment rare, hors du temps.  Les acteurs jouent dans une urgence et une intensité qui n’appartiennent qu’à lui, parce que le moment est unique, éphémère. 

Je pense qu’à notre époque particulièrement, le théâtre est un outil précieux de compréhension et de critique de notre société, ainsi qu’un accès direct à notre sensibilité et à notre imaginaire collectif.  Mais cela, le théâtre l’était déjà à l’époque de Molière.  Ce qu’il a de différent aujourd’hui, c’est qu’il doit chercher à varier les formes, à épater, à surprendre, pour éviter que les salles ne se vident au profit des réseaux sociaux et du numérique…  Il doit absolument être plus qu’un divertissement ; il doit devenir une expérience unique pour le spectateur.  On ne peut donc plus se contenter de rejouer un texte classique comme autrefois, il faut le relire à la lumière du monde d’aujourd’hui, pour que son message s’épanouisse et perdure. 

Q2 – Mis à part beaucoup de plaisir, qu’est-ce que l’enseignement du théâtre apporte concrètement aux jeunes?

Le théâtre est l’occasion idéale pour développer sa créativité, pour renouer avec le jeu et avec les malles de déguisements et les personnages inventés de notre enfance.  Il met en lien l’imaginaire et la pensée rationnelle de ceux qui le pratiquent en les forçant à rendre crédible un univers qui n’existe pas dans la réalité. Le théâtre a quelque chose de libérateur, parce qu’il nous oblige un court instant à oublier qui l’on est, en nous imposant de nous transformer pour le seul bonheur de faire rire, d’émouvoir...  Dans bien des cas, il parviendra à mieux nous connecter à notre sensibilité et à notre expressivité, et à nous rendre ainsi plus aptes à transmettre une idée, une émotion ou un message avec précision et nuances.

Comme pour les autres disciplines artistiques, le théâtre éveille en chacun de nous une envie de performer, de se dépasser, qui repose essentiellement sur la créativité et le plaisir d’émerveiller.  Il nous amène donc à nous connaître soi-même un peu mieux, en plus de nous donner cette chance incroyable de visiter les mots et les pensées d’un autre, de nous faire fréquenter une époque, une situation, une histoire qu’on ne vivrait jamais autrement. 

Q3 – Dans le cadre de cette Journée mondiale du théâtre, as-tu des suggestions de sorties théâtre ou de pièces à lire?

J’invite tous ceux qui n’ont jamais fait cette expérience à lire des œuvres théâtrales.  J’aime penser qu’une pièce de théâtre est comme un roman qui respire : un roman avec de l’air dedans et de la place pour le mouvement.  Plusieurs œuvres valent la peine d’être lues autant que d’être vues et entendues… Du répertoire québécois, je suggérerais la lecture de À quelle heure on meurt, de Martin Faucher et Incendies, de Wajdi Mouawad.

Après en avoir fait la lecture en cours de français, les élèves de 4e secondaire iront voir L’orangeraie au Théâtre Denise-Pelletier le mois prochain.  Je suis curieuse de voir comment ce roman épuré et très dur aura été adapté pour la scène.

La pièce Roméo et Juliette de Shakespeare sera présentée en juillet au Théâtre du Nouveau Monde, dans une mise en scène de Serge Denoncourt.  C’est une œuvre magistrale qui n’est pas si souvent montée, et qui pourra intéresser les jeunes.  Je recommande aussi ce que font certaines petites troupes très créatives, en dehors des théâtres institutionnels : le théâtre I.N.K, le théâtre de la pire espèce, le théâtre le Clou, le Groupe de Poésie moderne ou Les sept doigts de la main

Pour vivre une expérience mémorable de théâtre absurde, il faudra aussi venir assister, en juin, à la Cantatrice Chauve présentée au CSJV.  Recommandée entre autres pour voir jouer d’excellents acteurs - des élèves de 5e secondaire et une enseignante -, et pour sa mise en scène inédite (que je signe).

Q4 – Peux-tu nous dire quelle est ta pièce de théâtre coup de cœur dans tout ce que tu as eu la chance de lire et d’entendre?

Je pourrais nommer tellement de pièces qui, pour des raisons différentes m’ont fait vivre des émotions fortes et des instants de ravissement...  Mais il y en a quelques-unes qui restent bien présentes dans mon souvenir malgré les années : la pièce Incendies, de Wajdi Mouawad, une œuvre-choc à lire et à voir, sûrement l’une de celles qui m’a le plus émue ; plusieurs œuvres de la metteure en scène Brigitte Haentjens, qui reprend des textes classiques avec une touche très personnelle ; Tambours sur la digue, de la fascinante metteure en scène française Ariane Mnouchkine, invitée dans le cadre du festival de Théâtre des Amériques ; et bien sûr, la Trilogie des dragons, une épopée de six heures créée par Robert Lepage qui reste un de nos grands créateurs, un explorateur de l’imaginaire capable de fracasser bien des frontières… 

Un immense merci à Geneviève de Pasquale, enseignante de théâtre au CSJV, d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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